Ces dernières élections ont été magnifiées par une participation massive, ce qui, en soit, pourrait sembler suffisant pour fêter une démocratie en pleine forme… mais la raison d’être de la démocratie, ce pourquoi nous y souscrivons par l’exercice du suffrage universel, ce n’est pas tant le choix de tel ou tel dirigeant, que la garantie effective des libertés fondamentales.
Aujourd’hui, la garantie de ces libertés par l’Etat est remise en cause. Au sein de l’enveloppe démocratique, les libertés de la presse, d’expression et d’opinion rétrécissent inexorablement. Ce n’est pas la première fois dans notre histoire, mais il y a désormais un nouveau phénomène, un glissement pernicieux : l’individu est bridé au sein même de la démocratie par une sorte d’autocensure. Par ce qu’il devient inaudible, l’esprit critique ne peut plus s’exprimer simplement. La critique doit se taire ou bien résister en trouvant de nouvelles formes d’expression afin de raviver l’attention.
La démocratie est un bon système politique, seulement, il n’est pas correctement appliqué. Faute de pouvoir se comparer à un modèle qualitativement supérieur, notre démocratie est trop souvent malmenée et auto-confortée sans laisser de place aux évaluations objectives. Elle est l’ultime argument, le pretexte-écran qui permet parfois de justifier l’injustifiable. C’est cette hypocrisie là qu’il nous faut révéler.
Afin de garder sans relâche à l’esprit à quel point la notion de démocratie n’est pas encore atteinte. Afin que la véritable mise en œuvre de la démocratie reste obstinément un but, il nous faut veiller chaque jour, sans considérer l’acquis mais au contraire l’effort à mener, l’écart inadmissible qui nous éloigne aujourd’hui de ce but.
Pour ce faire, il y a des outils simples:
- Multiplier les débat d’idées tels que ceux initiés par Philippe Lemoine avec la « Modernité On/Off » afin de décloisonner les réels et de trouver une langue, une conscience ainsi qu’un engagement commun.
- Organiser une veille démocratique accrue et non-partisane à partir d’un solide observatoire dont le travail serait rendu visible à chacun.
- Provoquer des actions transversales laissant une grande place à la créativité. Je pense à la démultiplication des mouvements de la nouvelle militance : « Génération précaire » pour le droit des stagiaires et l’insertion professionnelle des jeunes, « Les enfants de Don Quichotte » pour les SDF, « Votre nouveau visage » pour réagir à l’omniprésence de Mr Sarkozy, « la manifestation des artistes de droite » pour les artistes en danger, « la brigade activiste des clowns » pour les libertés individuelles, « les yes-men » contre l’imposture néo-libérale, « jeudi-noir » pour l’acces au logement, « les déboulonneurs » pour la publicité dans l’espace public, « les dégonflés » pour les 4×4 en ville, « la France qui se lève tôt », etc. et tout le travail de résistance et de pédagogie par l’art et l’humour abattu actuellement sur le WEB et dans certains spectacles vivants.
Parce que les enjeux en terme culturels, sociaux, intellectuels, générationnels, environnementaux, mondiaux (entre autres car la liste serait trop longue) sont cruciaux aujourd’hui et pour lutter contre une forme de paresse-critique ambiante, il nous faut activer débats d’idée, veille démocratique et action militante …en cherchant toujours à inventer sans perdre de vue que la liberté, c’est créer.
Bio:
Cathy, animatrice des collectifs « Génération précaire », « Jeudi noir ».
Peintre et auteur de théâtre et de poésie (revues, ed° Dé Bleu, Pénultième, Remue.net avec François Bon), elle a fait ses études supérieures aux beaux-arts de Cergy ainsi qu’aux facultés de Nanterre et de Paris X en Philosophie Esthétique. Après un tour du monde en solitaire et en auto-stop, elle suit un troisième cycle universitaire consacré à la direction des spectacles vivants. Outre une pratique de mise en scène (Les Manipulations aux Amandiers de Nanterre, Le peuple Clune), elle travaille en tant que rédacteur aux festivals des Antipodes (Scène nationale de Brest), la Müller Factory aux Subsistances (Friche de la ville de Lyon), Avignon, Théâtre du Rond- point, etc. Elle collabore aux revues Janus (Jan Fabre) Cassandre, TOC et Mouvement. En août 2005, elle initie le mouvement Génération précaire, en septembre 2006, elle co-fonde le groupe Jeudi-noir.