La rotation : La réaction de Michel Henochsberg
La rotation est accélération
Philippe Lemoine synthétise parfaitement le nouveau modèle économique enfanté par la grande distribution : « Les nouvelles technologies servent à être proche des clients finaux en essayant d’avoir une relation d’écoute et d’interaction avec eux, et en même temps profiter du décentrement de l’entreprise vers l’aval pour être plus efficace en amont. » L’organisation des chaînes d’approvisionnement de Wall Mart, ou de Zara, permet ainsi, en reliant la demande finale aux divers producteurs disséminés, une rotation plus rapide des capitaux circulants, améliorant partant la rentabilité globale. Toutes les nouvelles chaînes numériques induisent une rotation bien plus rapide des stocks, créant ainsi de la valeur supplémentaire qui finance la mutation générale vers l’économie de service, celle qui propose des packages au client et non plus le « produit » solitaire.
Ce virage radical repose sur une accélération de tout le process économique. Notre attention se focalise ainsi sur le ressort absolu et constant du capitalisme : l’accélération des vitesses ! Celle-ci est créatrice nette de richesse, et la finalité économique de toute nouvelle technologie est précisément de promouvoir une nouvelle vitesse du système, donc un nouvel état des richesses.
La nouvelle économie de l’Internet et du numérique, de ses chaînes d’approvisionnement qui se déploient horizontalement à l’échelle planétaire, s’interprète souvent comme une extension spatiale. Ce constat est exact mais la dimension essentielle est la mise en place d’une nouvelle temporalité, d’un gain de temps permanent, d’une chasse au temps mort comme on l’observe dans les compagnies d’aviation low cost où les appareils quittent très peu le ciel. Nous revenons aux temps forts de l’histoire économique que sont les expériences emblématiques de Venise au XVe siècle et d’Amsterdam au XVIIe siècle, exemples qui démontrent la nature purement circulatoire de l’économie. C’est en ce sens que la nouvelle économie réactualise ces principes quand elle multiplie les richesses sous l’effet d’une fluence suractivée.
En résumé, la forme actuelle de l’économie, qui se caractérise par l’accélération de la rotation des actifs au sein des entreprises, reflète un nouvel état énergétique du système économique : plus de mouvements, plus de croisements, plus de vitesse, donc plus de richesses. L’accélération est au cœur du capitalisme.
Bio
Michel Henochsberg, professeur d’économie à l’université Paris X, Nanterre
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On oppose souvent l’économie (sa souplesse, sa fulgurance) à l’État (ses rigidités, son poids). Ce tableau de « La Nouvelle Origine » montre que cela est plus complexe. Il parle de culture et d’idéaux, d’individus et de désirs. Notre monde obsédé par la norme, la standardisation et le rationnel semble avoir asséché l’impertinence. Il ne trouvera son second souffle que dans l’insouciance et le désir. Cela s’appelle aussi l’audace. Rien n’arrive sans envie. Une contre-culture peut naître et se matérialiser dans un imaginaire qui suscitera ses personnes, ses mythes, son progrès. Cela semble être le pari de cette entreprise-ouverte qui entend et participe à la création des cultures de son monde. Les secteurs des Nouvelles Technologies ou de l’entreprenariat social nous aspirent vers le haut car ils promettent de créer un monde différent. Reste à savoir si on ose l’inconnu et ses bouleversements, la remise en cause et le différent.
Internet et son double

