Dans le chapitre de La Nouvelle Origine consacré au renouvellement des énergies, Philippe Lemoine met en exergue la « vivacité de la démographie française », et il pose la question du modèle français d’assimilation républicaine des étrangers[1], soulignant combien les dernières données concernant l’Angleterre et les Etats-Unis peuvent inquiéter ces pays puisqu’une majorité de musulmans situe cette appartenance religieuse avant l’appartenance nationale. C’est l’inverse en France et d’un coup, le fameux modèle communautariste anglais, tellement vanté, est sujet à interrogations, tandis que la validité du modèle républicain français est subitement revue à la hausse, observe Philippe Lemoine. C’est le moment de se rappeler que la structure nationale française n’est pas fondée sur le refus de la diversité, mais sur l’organisation harmonieuse et hiérarchisée des différences – profondes – qui l’ont toujours constituée. Il suffit de relire le magnifique volume que Vidal de la Blache avait consacré aux diversités françaises, dans la fameuse Histoire de France dirigée par Ernest Lavisse, dans les premières années du XXe siècle, pour s’en convaincre. La France est le pays de la diversité, et tous ceux qui ont l’esprit comparatiste et le souci de la perspective historique savent que les diversités françaises en 1900 étaient notoirement plus importantes, et massives, qu’en 2000.
Cette aptitude française à gérer la diversité en l’intégrant dans un cadre national est fondamentale à souligner au moment où nous constatons que la natalité se porte beaucoup mieux, en France, que dans la quasi-totalité des autres pays européens. En 2006 comme en 2005, une naissance sur huit environ, soit 100 000 sur 800 000, était de mère étrangère, dont la moitié d’unions mixtes. Si l’immigration récente ne contribue que faiblement à élever l’indice conjoncturel de fécondité, elle contribue fortement aux naissances (12,2%)[2]. Ces données font suite à celles, plus difficiles à saisir statistiquement, qui témoignent des apports répétés de naissances issues des immigrations successives, depuis trente à quarante ans[3]. En un mot, la composition ethnique de la population française évolue sensiblement. Le « modèle français » n’est sûrement pas le seul possible, mais dans notre pays, au long de son histoire, il a fait la preuve de son efficacité à organiser la cohésion tout en respectant les écarts culturels. Son secret, ne l’oublions pas, réside dans la faculté qu’il laisse ouverte aux individus de se singulariser en échappant à la prime appartenance, pour faire de l’appartenance un libre choix à leur mesure.
[1] Le terme d’assimilation est pour moi synonyme d’intégration mais plus approprié : on assimile des populations, mais on intègre des territoires.
[2] François Héran, Gilles Pison, « Deux enfants par femme dans la France de 2006 : la faute aux immigrées ? », Populations et sociétés, n° 342, mars 2007.
[3] Michèle Tribalat, « Fécondité des immigrées et apport démographique de l’immigration étrangère », La population de la France. Evolutions démographiques depuis 1946, CUDEP, 2005.
Bio:
Paul Yonnet, sociologue.
Dernier livre publié : Le recul de la mort. L’avènement de l’individu contemporain, Gallimard, 2006.